UE : Nouvelles Adhésions 2007

Voici un article du Monde relativement pertinent à ce sujet :
Roumanie et Bulgarie : compte à rebours
Le compte à rebours a commencé pour la Roumanie et la Bulgarie, qui s'apprêtent à rejoindre le club européen le 1er janvier 2007. Mais on est loin du big bang de 2004, lorsque l'Europe avait absorbé d'un seul coup 10 Etats, se projetant de la mer Baltique jusqu'à la rivière hongroise Tisza et la côte maltaise de la Méditerranée. Avec la Roumanie et la Bulgarie, l'Europe se ménage toutefois une ouverture sur la mer Noire, dans une région où les Américains ont l'intention d'installer des bases militaires pour protéger le flanc oriental de l'OTAN et se renforcer non loin du théâtre d'action proche-oriental.
Le désir de la Roumanie d'être le carrefour de l'Occident et de l'Orient prend forme sous la bannière étoilée des Vingt-Cinq, qui seront Vingt-Sept à partir de 2007. L'Europe à dominante catholique et protestante se voit ainsi enrichie de quelque 30 millions d'orthodoxes. Si, vus de l'Ouest, les deux pays apparaissent comme un bloc compact, ils revendiquent leurs différences, qui se traduisent souvent par des rivalités. Les Roumains font valoir leur poids démographique : 22 millions d'habitants, contre 8 millions pour la Bulgarie. Ensuite, seul peuple d'origine latine dans une zone dominée par les Slaves, ils se perçoivent comme un étendard occidental au coeur de la mosaïque slave.
Les Bulgares, eux, ne manquent pas de souligner que les Roumains avaient instauré la dictature la plus féroce de tous les pays communistes d'Europe centrale et orientale. Si les Roumains se vantent d'avoir donné à la France Cioran, Ionesco et Brancusi, les Bulgares sont fiers de Sylvie Vartan et essaient de faire oublier le fameux parapluie utilisé par leurs services secrets pour éliminer les dissidents anticommunistes. Si les Bulgares se plaignent d'être ignorés par la presse occidentale, les Roumains en ont assez d'être systématiquement associés à Dracula ou aux enfants abandonnés des orphelinats.
Mais au-delà de leurs divergences, les deux peuples ont atteint leur cible commune : l'Union européenne. Lorsque les deux pays en deviendront membres à part entière, ce sera l'intégration par le haut, l'aboutissement d'un grand dessein politique conçu à Bruxelles. Mais il y a aussi une intégration par le bas, qui a commencé en 2002 depuis que Roumains et Bulgares ont le feu vert pour circuler sans visa, pour des durées limitées, dans l'Union. Ils sont déjà arrivés en force sur le marché du travail occidental (dont l'accès restera limité par un régime transitoire) : 2,5 millions de Roumains et 1 million de Bulgares travaillent, légalement ou non, dans les pays de l'UE.
Les Roumains ont préféré l'espace latin - 1 million sont partis en Italie et 500 000 en Espagne - alors que les Bulgares ont choisi l'espace anglophone et germanophone. Les milliards d'euros qu'ils envoient chaque année dans leurs pays respectifs ont donné de l'oxygène à leur économie. Depuis le début des négociations d'adhésion à l'UE, en 2000, la croissance enregistre une moyenne annuelle de 6 % dans les deux pays, qui n'en demeurent pas moins les plus pauvres des "Vingt-sept". Et la tendance est à la hausse : la Roumanie a atteint en 2005 un taux de 8 %. Ce n'est là que le début d'un grand bond économique dopé par la manne européenne : 32 milliards de fonds non remboursables attribués à Bucarest, et 12 milliards à Sofia. La construction d'autoroutes et la réhabilitation des infrastructures devraient accélérer la modernisation. Malgré l'alignement des prix sur la moyenne européenne, les salaires restent bas - 300 euros en Roumanie, 230 euros en Bulgarie -, mais ils commencent à grimper. Le marché immobilier a explosé, multipliant les prix par 10 ou 20, favorisant la spéculation. Si l'immobilier roumain a séduit les Italiens, qui se sentent chez eux dans cette ancienne province romaine, le marché bulgare a eu la faveur des Britanniques et des Allemands en quête de soleil et de terres à bas prix sur le littoral de la mer Noire.
NOUVEAU SOUFFLE
Non seulement les Roumains et les Bulgares vont voir s'accomplir leur rêve d'ancrage à l'Ouest, mais ils veulent apporter un nouveau souffle dans une Europe affaiblie par l'euroscepticisme et la morosité. Car, vue du littoral de la mer Noire, l'Europe unie est une "success story" économique et politique. Les analystes des deux pays s'accordent à dire que, tenues à l'écart de l'UE, la Roumanie et la Bulgarie risquaient de connaître le même scénario que la Biélorussie et son régime autoritaire. La perspective d'adhésion à l'UE a fonctionné comme un accélérateur démocratique, même si de graves problèmes de corruption ou de criminalité subsistent. Ravagés par les guerres yougoslaves des années 1990, les Balkans de l'Ouest regardent avec impatience vers Bruxelles. Le succès roumano-bulgare leur montre qu'ils ont aussi leur chance. L'idée de rejoindre l'Europe unie fait également son chemin dans l'ancien espace soviétique. La Moldavie ou la Géorgie tournent le dos à Moscou pour mieux apercevoir Bruxelles. L'Ukraine avait commencé à faire de même après la victoire de la révolution orange durant l'hiver 2004-2005, avant le retour aux affaires des partisans de Moscou.
Partout, les traces du communisme sont encore visibles dans les anciens satellites soviétiques. C'est sans doute pour cette raison que cette idéologie a été officiellement bannie à Bucarest. Le 18 décembre, le président roumain, Traian Basescu, condamnait ainsi le régime de Nicolae Ceausescu devant le Parlement, rendant imprescriptibles les crimes perpétrés pendant la dictature. Sur le seuil de l'Europe, Bucarest souhaite se débarrasser de son passé trouble pour se forger un destin européen. Déjà, au sein de l'OTAN, la Roumanie a commencé à exprimer son ambition de devenir une puissance régionale dans le bassin de la mer Noire qui, selon le président Traian Basescu, a vocation à devenir la "Méditerranée de l'Est".
Ce projet ne laisse pas l'administration américaine indifférente, qui s'apprête à installer ses soldats sur le littoral roumano-bulgare de la mer Noire. Sous le parapluie euro-atlantique, la Roumanie et la Bulgarie pourraient participer à la sécurité des nouvelles routes de l'énergie en provenance de la mer Caspienne vers l'Europe occidentale via la mer Noire.
Oublié le rideau de fer imposé par l'Union soviétique qui les avait coupés de l'Occident et enfoncés dans le glacis du totalitarisme, les Roumains et les Bulgares se retrouvent au sein de la famille européenne à une place, estiment-ils, qu'ils n'auraient jamais dû quitter.
LE MONDE 30.12.06
Mirel Bran
Infos + :Article écrit le 07-01-2007 par Radu de la promotion 2007

